Tech — 30/10/2017 at 13:00

Demain, vers une bourse du cloud computing

by

cloudcomputing

Imaginez un nuage informatique décentralisé dans lequel chacun aurait la possibilité d’acheter et vendre de la ressource machine. Plusieurs start-up planchent sur ce concept pas si futuriste que ça.

Est-il possible qu’un jour apparaisse une bourse du cloud computing ? A savoir un marché financier, matérialisé par une ou plusieurs plateformes, via lequel entreprises et particuliers auraient la possibilité d’acheter et vendre de la ressource informatique (CPU, RAM, stockage), voire spéculer sur ce type de produit ? Le premier réflexe est de classer cette vision au chapitre de la science-fiction. Elle pourrait cependant devenir rapidement réalité grâce à la blockchain. Une technologie qui permet d’orchestrer et sécuriser des transactions via Internet sans organe de contrôle central. Plusieurs start-up se penchent activement sur la question.

Des places de marché de calcul graphique

D’origine polonaise, Golem est l’une des toutes premières jeunes pousses à promouvoir l’idée de recourir à la blockchain (en l’occurrence celle d’Ethereum) pour permettre la commercialisation de ressources informatiques inutilisées. Elle entend notamment répondre aux problématiques de calcul de rendu d’image (ou CGI, pour cComputer-generated imagery). Pour financer son développement,elle a bouclé fin 2016 une levée de fonds de 8,6 millions de dollars.

Dans le sillage de Golem, Otoy (éditeur du célèbre moteur de rendu OctaneRender) a dévoilé récemment un projet équivalent. Cette société originaire de Los Angeles a annoncé sa volonté de mettre sur pied d’ici fin 2018 une plateforme tirant partie d’un réseau de blockchain pour orchestrer le partage de pools de capacité de calcul graphique (GPU).

Le Français iEx.ec sur les rangs

En France, iEx.ec affiche la même vision. Suite à une ICO de 12,5 millions de dollars bouclée en mai, cette spin-off lyonnaise de l’Inria planche sur une marketplace dont la version 1 doit être mise en ligne début novembre. Limitée dans un premier temps aux traitements propres aux crypto monnaies (centrés sur l’analyse de risques financiers, le chiffrement des transactions…), l’environnement doit être étendu au IaaS mi-2018, en donnant la possibilité de commercialiser des ressources de calcul. 

“La technologie d’Ethereum, via ses smart contracts, va nous permettre d’orchestrer la logique commerciale de notre place de marché : les conditions de mise à disposition de CPU, RAM, ainsi que les transactions financières sous-jacentes opérées via l’échange de tokens”, détaille Gilles Fedak, chercheur à l’Inria et fondateur d’iEx.ec. En toile de fond, une technologie de calcul distribué, sur le principe du fog computing, sera mise en œuvre par iEx.ec pour piloter l’exécution des traitements informatiques.

Créer “un espace de confiance”

Reste à savoir si ces places de marché seront suffisamment dignes de confiance pour s’imposer. “C’est là toute la question”, reconnait Gilles Fedak. “Face au cloud public actuel, centralisé, un tel modèle, à l’inverse très distribué, constitue une rupture qu’il ne sera pas facile de faire accepter.” Face à ce défi, Golem comme iEx.ec mettent en avant des systèmes de notation inspirés de ceux des marketplaces traditionnelles. Les providers de cloud référencés via leur plateforme seront notés sur leur habilité à réaliser un traitement de qualité. L’idée étant de créer un cercle vertueux en forçant les acteurs à bien se comporter.

Chez iEx.ec, la qualité de l’exécution sera estimée en comparant les résultats d’un même traitement entre plusieurs fournisseurs. “Si le résultat d’un des fournisseurs en lice diverge, sa note sera alors dégradée”, explique Gilles Fedak. “Au fur et à mesure, la place de marché va réduire la redondance des tests relatifs aux acteurs faisant preuve d’un niveau de confiance élevé.” Une logique qui, dans une certaine mesure, rejoint celle de la “preuve de travail” des réseaux de blockchain, visant à lutter contre la contrefaçon des crypto monnaies. “Pour bénéficier de notre service, les fournisseurs devront par ailleurs verser une caution sur laquelle pourra être ponctionnée une pénalité si l’engagement de niveau de service n’est pas atteint”, ajoute Gilles Fedak.  

Chez Golem, on souligne surtout “la grande fluidité” d’un tel modèle de cloud. “Les progrès introduits par la virtualisation ces 10 à 20 dernières années ont contribué à faciliter les déploiements au sein des centres de données”, constate Julian Zawistowski, cofondateur et PDG de Golem. “Mais quand il s’agit de louer de la ressource machine, il demeure très difficile de comparer les différentes offres en présence. Cela nécessite beaucoup de temps et d’expertise pour dénicher la meilleure solution. Une place de marché cloud contribue à simplifier ce travail en rendant l’accès au marché beaucoup plus transparent.”

Le compute, un nouvel actif financier ?

Disposant d’importants gisements de capacité IT pas toujours exploités (notamment durant les heures creuses), les DSI des grands groupes pourraient figurer parmi les premiers fournisseurs de ces plateformes. “Mais ce modèle devrait également séduire les fournisseurs de cloud eux-mêmes. Avec les instances Spot, Amazon propose déjà un service permettant d’acquérir des ressources inutilisées dans ses data centers (à un prix variant en fonction de l’offre et de la demande, ndlr). Les autres clouds auraient tout intérêt à s’orienter également dans cette voie, et pourquoi pas via une solution telle que la nôtre”, estime Gilles Fedak chez iEx.ec.

Le mouvement pourrait aussi préfigurer l’émergence d’un marché financier du cloud computing. C’est en tout cas ce que veut croire Gilles Fedak. Via cette nouvelle catégorie de services cloud, “il est tout à fait envisageable d’imaginer, à terme, pouvoir spéculer sur la ressource IT en réservant à l’avance des capacités de calcul en très gros volumes à des périodes où l’on sait qu’il y aura un besoin”, évoque l’expert. Un “cours financier du cloud” pourrait alors se dessiner. “Pour conduire à l’émergence d’un tel système, il faudra au préalable se mettre d’accord sur un environnement informatique standardisé avec un paradigme assez simple, par exemple de type serverless sur le modèle d’Amazon Lambda.”

Retrouvez cet article sur journaldunet.com

Dix métiers bancaires menacés à terme par la concurrence des fintechs
Londres s'érige en pouponnière de start-up technologiques
Une rupture technologique aux mille visages
Intelligence artificielle : les métiers de l’assurance face à une révolution annoncée

Leave a Reply

— required *

— required *