« La plus grosse erreur de ma vie » : Mia Khalifa explique enfin pourquoi elle a quitté le porno

Mia Khalifa – CAPTURE D’ÉCRAN VIA YOUTUBE.

L’ancienne actrice porno explique à quel point ce milieu a compliqué sa vie et à quel point son passé la frustre.

Mia Khalifa est l’une des plus grandes « énigmes » de l’industrie pornographique de ces dernières années. Elle n’en a fait partie que trois mois, fin 2014, et n’a tourné que 12 scènes, mais malgré cela, elle demeure l’une des actrices les plus recherchées sur les sites X. Depuis cinq ans, elle a totalement abandonné le porno et a toujours été réticente à prendre la parole sur son passé d’actrice. Et ce jusqu’au 4 août dernier, date à laquelle Megan Abbott, sa coach de vie, a publié sur sa chaîne Youtube une longue interview dans laquelle Khalifa raconte sous tous les angles les causes et conséquences de sa retraite anticipée.

« Le choix de taire mon passé a davantage nui à ma vie que si j’avais raconté toute la vérité. Maintenant, je suis prête à faire la lumière sur chaque polémique relative à mon passé, parce que si je me l’approprie moi-même et l’assume, elle ne pourra plus être utilisé contre moi. » Relayée par Khalifa à travers des extraits comme celui publié sur ses réseaux sociaux, cette interview est devenue virale et a suscité de nombreux débats.

Le grand bruit provoqué par cette vidéo s’explique par la grande popularité de l’actrice, mais aussi par la description plutôt négative que l’ancienne pornstar donne de son expérience dans le X, et de la façon dont la pornographie a rendu sa vie impossible et détruit son estime de soi. « La plus grosse erreur de ma vie » : c’est ainsi que Khalifa définit cette période, puis elle ajoute : « En fait, la plus grosse erreur a été de fuir cette partie de ma vie plutôt que de la raconter telle qu’elle fut exactement. »

Mia Khalifa – CAPTURE D’ÉCRAN VIA YOUPORN.

C’est précisément afin de lui faire surmonter ce sentiment de honte et de frustration que Megan Abbott a convaincu Mia Khalifa de raconter son histoire. « Quand nous avons commencé à travailler ensemble, dit-elle en présentant l’interview, tu m’as dit que ton plus grand objectif était de ne plus être connue en tant que star du porno. »

La plupart des reprises de cette interview-événement se sont concentrées sur le seul aspect économique des déclarations de Khalifa, qui ont révélé qu’elle n’avait gagné que 12 000 dollars, quand tout le monde la croyait millionnaire, mais les thématiques évoquées étaient bien plus larges et allaient au-delà de sa propre personne.

Après avoir retracé son enfance et son adolescence – la discrimination qu’elle a subie après le 11 septembre à cause de ses origines libanaises, son désir de se rebeller contre une famille qui ne s’adaptait pas au mode de vie américain, les difficultés à accepter son physique – Khalifa raconte comment elle est entrée rapidement et de manière ingénue en contact avec le milieu du X. En 2014, elle venait de déménager à Miami quand un recruteur de talents l’a remarquée dans la rue, lui laissant les coordonnées d’une agence qui gère des pornstars. « Ses compliments m’avaient touchée, et j’ai décidé de voir ce qu’ils proposaient. Ils m’ont tous répété à quel point j’étais mignonne, et à ce moment-là, j’ai ressenti un grand besoin d’attention masculine. Je me suis dit : “Ce sera mon petit secret indécent.” »

Quelques mois plus tard, Mia tournait la scène qui l’a rendue célèbre dans le monde du porno : une vidéo dans laquelle elle fait l’amour avec un hijab. Khalifa venait d’une famille catholique, mais pour les producteurs c’était peu important : son physique était rare dans l’industrie, et ils comptaient bien capitaliser dessus. « Même avant cette scène, je m’inquiétais de la façon dont ma vie allait changer, parce que des amis avaient découvert que je faisais du porno ; mais après cette vidéo, les choses ont empiré. Tous les médias nationaux et internationaux en ont parlé, j’ai fait l’objet de critiques, certains pays musulmans m’ont mis sur la liste des personnes indésirables et l’organisation État islamique a publié un photomontage de moi la tête coupée. »

L’ex-actrice parle de cette période avec beaucoup d’amertume : bien qu’elle ait abandonné le porno immédiatement après cette scène, l’attention autour d’elle n’a cessé de croître. Elle raconte combien il a été difficile de trouver un nouvel emploi – « pendant quelques mois, j’ai travaillé dans une société de conseil en assurance, et tous les hommes du bureau me connaissaient déjà… C’était humiliant » – et combien il a été difficile d’avoir une vie sociale normale. Elle ne pouvait pas quitter la maison sans être reconnue, et la façon dont les hommes la regardaient et devenaient familiers avec elle, même physiquement, la mortifiait. « Pendant des années, je suis restée recluse chez moi. Et je pensais : “Cet inconnu m’a vu nue, et maintenant il essaie de rentrer en contact avec moi uniquement parce que j’étais une star du porno”. Avec le temps, ma plus grande peur est devenue celle de ne plus pouvoir être autre chose que l’ancienne pornstar. »

L’interview se poursuit en expliquant comment Mia essaie de sortir de cette situation, avec la thérapie et le travail (elle se consacre aux commentaires sportifs depuis des années), mais ses déclarations ont suscité plusieurs polémiques. La plupart sont gratuites et inutiles – certains croient qu’elle ment sur les revenus qu’elle a tirés du porno, d’autres critiquent la façon dont elle décrit le porno comme quelque chose dont il faut se “repentir”.

Au-delà du fait que Khalifa a précisé que son opinion ne se veut en rien un jugement de valeur du X ou du travail sexuel en général, mais simplement le récit de la façon dont elle a vécu cette phase de sa vie, cette interview est intéressante car elle donne matière à réflexion. Un des rappels essentiels est le suivant : travailler, même pour une courte période, dans le porno est un acte dont une personne aura toujours du mal à tourner la page aux yeux de la plupart des gens. Combien de métiers marquent-ils autant ceux qui l’ont exercé ? Et ce, même quand ils font tout leur possible pour s’en affranchir.


Niccolò Carradori – Read more on vice.com


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