Économie — 29/05/2018 at 12:00

Au travail, les freelances mènent la danse

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C’est une réalité : les travailleurs indépendants sont de plus en plus nombreux sur le marché du travail. Face à cette situation, Etat et entreprises n’ont pas le choix : elles doivent s’adapter.

En France, la structure du marché du travail est en pleine évolution : Accenture évalue à 2,8 millions le nombre de personnes qui exercent leur métier de façon indépendante. Le cabinet McKinsey place lui la barre à 13 millions. Quel que soit le chiffre, le travail indépendant est en plein boom, notamment poussé par les nouvelles technologies. Ce mouvement concerne qui plus est l’ensemble des générations.

Cette tendance et cette progression, relativement récentes en France, mais très avancées dans d’autres pays, sont consécutives d’une démocratisation de la culture du travail nomade, d’une spécialisation plus poussée des individus, d’une aspiration pour plus de liberté et de changement, et d’un besoin de flexibilité exprimé par les entreprises. L’essor de nouvelles plateformes de mise en relation entre entreprises et indépendant vient accélérer et renforcer ce mouvement. Les entreprises sont régulièrement confrontées à des variations d’activité ou des imprévus : pour y faire face, elles doivent être à même de faire appel ponctuellement à des talents.Le travail indépendant, correctement encadré, répond à ce besoin.

Une nouvelle donne sociale pour les travailleurs indépendants

Cette flexibilité est nécessaire pour les entreprises comme pour les individus. Les premières pour absorber sans difficulté des variations de leur activité, les seconds pour s’épanouir, multiplier les opportunités et valoriser au mieux leurs compétences.
 
L’enjeu pour les autorités est important : un écosystème sain, viable et pérenne doit être offert à ces nouveaux travailleurs. C’est une condition nécessaire pour leur permettre un accès au logement, au financement, aux soins, à la formation, semblable à celui proposé aux autres travailleurs. Donner aux indépendants des droits équivalents est essentiel et permettra d’éviter la création d’une forme de travail inférieure.
 
La suppression et le remplacement du RSI depuis le 1er janvier dernier, qui souffrait d’un fonctionnement trop lourd et complexe (qualifié de “catastrophe industrielle” dans un rapport de la Cour des comptes) est un premier pas nécessaire qui doit être salué. La réflexion sur les droits au chômage pour les indépendants qui figure dans la réforme de l’assurance chômage va également dans le bon sens et doit être encouragée.
 
Ces actions sont vitales pour permettre aux freelances, de travailler sereinement et faire prospérer leur activité. Être indépendant ne doit pas perçu comme étant un handicap. C’est un changement de mentalité qui est souhaité et est heureusement en cours. Les mutations actuelles des entreprises et du monde du travail vont provoquer une hausse significative du nombre de travailleurs indépendants. C’est une bonne chose : à nous d’être prêts pour répondre aux enjeux sociaux et sociétaux qui vont avec.

Définir clairement les rôles et missions de tous

Les entreprises et les indépendants ont tout à gagner à travailler ensemble. Évidemment, le travail indépendant ne peut pas à lui seul faire tourner une activité : la continuité d’une entreprise est assurée par les employés qui sont présents sur le long-terme. Ces salariés sont le savoir et le cœur de l’entreprise, ils en assurent la culture. Néanmoins, les indépendants sont nécessaires, notamment pour absorber une variation d’activité, répondre à une absence, ou pallier à un manque de compétence : les travailleurs indépendants sont un écosystème qui gravite autour des entreprises pour interagir avec ces dernières dans les meilleures conditions.
 
Pour permettre à cet écosystème de se développer comme il le faut, les entreprises doivent s’organiser et faire le nécessaire pour que les équipes internes accueillent ces freelances sans friction.
 
Cela pourrait en effet constituer un point de blocage potentiel qu’il faut prendre en compte et désamorcer à l’avance. Pour que la collaboration soit efficace, il faut laisser s’exprimer l’expertise de chaque indépendant, mais aussi expliquer les missions de ce dernier aux équipes en place. Cela passe par une définition des rôles de chacun au début de la collaboration. Quelle que soit sa compétence, la mission ne sera une réussite que si l’intégration est préparée en amont.
 
Préparer son entreprise, à accueillir des indépendants, passe par la mise en place d’outils qui permettent une intégration rapide par exemple la création d’un livret d’accueil à destination des indépendants où ils trouveront tous les renseignements dont ils pourraient avoir besoin (l’organisation des différents services, la culture et les valeurs internes).
 
94 % des managers se déclarent à l’aise avec l’idée de travailler avec des indépendants, mais tous ne savent pas nécessairement comment tirer le maximum de cette collaboration. Cela demande des méthodes de travail différentes, et une communication particulières.
 
Faire appel à des travailleurs indépendants sera bientôt une norme. Cette nouvelle forme de travail répond au mieux aux nouvelles aspirations des travailleurs, notamment ceux issus des générations Y et Z, et aux besoins des entreprises qui expriment clairement leur besoin de flexibilité et d’immédiateté. Il n’existe pas un seul futur du travail, le travail indépendant en fait partie au même titre que le travail salarié. Pour lui permettre de se développer au mieux, il s’agit non pas de lutter, mais bien au contraire d’encadrer : la flexibilité et la sécurité iront de paire si l’ensemble des parties concernées (plateformes, indépendants, institutions publiques) travaillent ensemble pour créer cet écosystème fiable et pérenne.


Florent Malbranche – Retrouvez cet excellent article sur le JDN


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