Harvard Business Review — 18/04/2018 at 17:30

On ne trouve pas sa raison d’être, on la construit

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Commencez par donner du sens à tout ce que vous faites.

« Comment trouver ma raison d’être ? »

Depuis que Daniel Gulati, Oliver Segovia et moi avons publié « Passion & Purpose », il y a six ans, j’ai reçu des centaines de questions – de jeunes et de moins jeunes – sur la raison d’être. Nous cherchons tous notre raison d’être. La plupart d’entre nous ont l’impression de ne l’avoir jamais trouvée, de l’avoir perdue ou, d’une certaine manière, de ne pas être à la hauteur.

Outre ces angoisses existentielles, je pense que nous sommes victimes de ce que je considère comme des idées foncièrement fausses sur la raison d’être – et qui sont parfaitement illustrées par cette interrogation récurrente : « Comment trouver ma raison d’être ? » Remettre en question ces conceptions erronées pourrait nous aider à développer une vision plus complète et plus aboutie de la notion de raison d’être.

Idée fausse #1 : la raison d’être se trouve.

Sur les réseaux sociaux, je tombe souvent sur une citation inspirante attribuée à Mark Twain : « Les deux jours les plus importants de votre vie sont le jour où vous êtes né et le jour où vous découvrez pourquoi. » Elle exprime clairement ce que j’appelle la « version hollywoodienne » de la raison d’être. A l’instar de Neo dans « Matrix » ou de Rey dans « Star Wars », nous nous contentons tous de traverser l’existence en attendant que le destin nous investisse d’un dessein supérieur.

Ne vous méprenez pas : cela peut arriver, du moins sous certaines formes (lire aussi l’article : « De la vocation à l’impact »). Récemment, j’ai assisté à un discours de Scott Harrison, le fondateur de l’ONG Charity: Water : à bien des égards, son histoire raconte comment il a trouvé une raison d’être supérieure après une période d’errance. Mais je pense que c’est plus rare que ce que la plupart des gens pensent. Pour l’étudiant de 20 ans comme pour le quadragénaire insatisfait de son travail, la quête de la solution miracle qui va donner du sens à sa vie a plus de chance d’aboutir à de la frustration qu’à de l’épanouissement.

Pour accomplir notre raison d’être, nous devons tant chercher à donner un sens à notre travail qu’à lui en trouver un (lire aussi la chronique : « Être un leader au quotidien : avant tout donner du sens »). Autrement dit, la raison d’être n’est pas quelque chose que l’on trouve mais que l’on construit. Tout travail, ou presque, peut être porteur de sens. Les chauffeurs de bus scolaires portent une énorme responsabilité – prendre soin et assurer la sécurité de dizaines écoliers – et leur intervention est essentielle pour que nos enfants reçoivent l’éducation dont ils ont besoin et qu’ils méritent. Les infirmiers jouent un rôle capital, non seulement en soignant les malades, mais aussi en les aidant à traverser certains des moments les plus difficiles de leur vie. Les caissiers peuvent être un rayon de soleil – souvent terriblement nécessaire – dans la journée d’un client ou, au contraire, à l’origine d’un échange sans intérêt, voire regrettable. Souvent, la raison d’être se construit essentiellement en se concentrant sur ce qui est le plus porteur de sens et ce qu’il y a de plus motivant dans le travail en question, et en l’accomplissant de manière à renforcer ce sens et à le rendre central. Certes, il est naturellement plus facile de donner du sens à ce que l’on fait dans certaines professions que dans d’autres mais, pour beaucoup, il est indispensable de faire l’effort de les investir avec la raison d’être que l’on cherche.

Idée fausse #2 : la raison d’être est une seule et unique chose.

La seconde idée fausse que j’entends souvent est la suivante : la raison d’être ne peut exprimée que sous la forme d’une seule et unique chose. Certaines personnes semblent vraiment n’avoir qu’une seule importante raison d’être dans leur existence. Mère Teresa a consacré sa vie aux pauvres. Samuel Johnson s’est voué tout entier à l’écriture. Marie Curie a investi toute son énergie dans ses travaux.

Pourtant, ces sommités avaient d’autres sources de sens dans leur vie. Pour Mère Teresa, être au service des plus pauvres participait d’une vocation supérieure. Marie Curie n’a pas seulement obtenu le prix Nobel, elle était aussi une épouse et une mère dévouée (elle est l’auteure d’une biographie sur son époux, Pierre, et l’une de ses filles, Irène, a elle aussi obtenu un prix Nobel). Quant à Samuel Johnson, outre ses écrits, il était connu pour être un grand humaniste au sein de sa communauté et s’occuper, souvent et personnellement, des plus pauvres.

La plupart d’entre nous puisons du sens à de multiples sources. Pour ma part, je trouve ma raison d’être dans mes enfants, dans mon couple, dans ma foi, dans mes écrits, dans mon travail et dans ma communauté. Rares sont les personnes à trouver le sens de leur vie dans une seule chose. Nous ne recherchons pas une raison d’être, nous recherchons des raisons d’être – ces multiples sources de sens qui nous aident à apprécier la valeur de notre travail et de notre vie. Nos engagements professionnels ne sont qu’une composante de ce qui fait sens à nos yeux, et souvent notre travail n’est pas une finalité en soi mais un moyen d’aider les autres, y compris notre famille et notre communauté. Reconnaître que beaucoup de choses peuvent donner du sens à notre vie nous libère du poids de la quête d’une chose unique.

Idée fausse #3 : la raison d’être reste stable dans le temps.

Il est aujourd’hui courant d’avoir plusieurs carrières dans une seule vie. Par exemple, je connais quelqu’un qui a récemment abandonné une belle carrière dans un fonds d’investissement pour créer sa start-up. J’en connais deux autres qui viennent de quitter le monde de l’entreprise pour se porter candidats à des élections. Que nos engagements professionnels changent ou non, la plupart d’entre nous connaîtrons des phases dans nos vies personnelles où ce qui fait sens évolue – l’enfance, l’adolescence, le moment où l’on devient parent et celui du départ des enfants, pour n’en citer que quelques-unes.

Cette évolution de ce qui fait sens à nos yeux n’a rien de bizarre et ne traduit pas un manque d’engagement : elle est naturelle et saine. Tout comme nous trouvons tous du sens dans de multiples choses, les sources de ce sens peuvent changer – et changent – au fil du temps. Ce qui m’intéressait et donnait du sens à ma vie lorsque j’avais 20 ans n’a rien à voir, à bien des égards, avec ce qui m’intéresse et donne du sens à ma vie aujourd’hui, et c’est la même chose pour quasiment tous les gens que vous rencontrez.

Comment trouver sa raison d’être ? Ce n’est pas la bonne question à se poser. Il convient plutôt de chercher à donner du sens à tout ce que l’on fait, à accepter tout ce qui peut être naturellement porteur de sens à chaque étape de l’existence et à être à l’aise avec ces changements au fil du temps. Analyser ce qu’on entend par « raison d’être » peut permettre de mieux comprendre sa présence et son rôle dans nos vies.


John Coleman – Coauteur de l’ouvrage « Passion & Purpose : Stories from the Best and Brightest Young Business Leaders » (Harvard Business Review Press, 2011). Suivez-le sur Twitter : @johnwcoleman.


Retrouvez cet excellent article sur Harvard Business Review France


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