Économie — 14/03/2018 at 14:00

2018 s’annonce sous le double signe de l’optimisme et de la prudence

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blackrock

L’année 2017 a été prodigue pour les investisseurs: à ce jour, le CAC 40 affiche une hausse de 14%, en ligne avec la moyenne européenne, et les actions mondiales de 22%, des records précédemment atteints en 2013; mais cette fois les obligations ne sont pas en reste avec 7%, un record depuis 2009 (contre une baisse de 2,5% en 2013). Les moteurs de ces performances exceptionnelles: une croissance supérieure aux attentes, partout mais surtout en Europe, une inflation moindre, et les risques politiques de premier plan—notamment ceux liés aux relations entre les Etats-Unis et la Chine et à une possible désintégration de l’Europe—relégués à l’arrière-plan.


Répéter ces performances en 2018 semble peu probable, car on ne peut plus parier sur les mêmes moteurs et les valorisations de toutes les classes d’actifs sont maintenant élevées. Mais nous restons néanmoins optimistes et convaincus que les marchés restent fondamentalement favorables à la prise de risque en actions. A cet optimisme, nous voyons 3 raisons principales:

- Tout d’abord, nos analyses indiquent que la phase d’expansion soutenue dans laquelle se trouve l’économie mondiale a toutes les chances de se maintenir, même si ses moteurs évoluent : plus d’investissement, moins de consommation dans les pays avancés, légère accélération aux Etats Unis, surtout si la réforme fiscale en cours de finalisation est approuvée, mais léger ralentissement probable en Europe et au Japon ; même rotation du côté des pays émergents, entre la Chine, qui devrait ralentir modérément du fait de la priorité désormais accordée par le régime à la qualité de la croissance plutôt qu’à sa quantité, et l’Inde, le Brésil, la Russie qui devraient réaccélérer.

- Ensuite, les pressions inflationnistes, tout en se renforçant, vont rester modérées, permettant aux banques centrales de rester accommodantes. La Réserve Fédérale est en bonne voie de voir son objectif d’inflation atteint et devrait donc continuer sa politique de hausse de taux très graduelle. Par contre la BCE et la Banque du Japon en sont loin et devraient donc afficher patience et persévérance au moins pour quelques trimestres. En conséquence, les taux d’intérêt au niveau mondial devraient remonter seulement de manière modérée, rendant plus soutenables des valorisations élevées pour les actions.

- Enfin, nous pensons que l’environnement actuel de faible volatilité des marchés a de bonnes raisons de durer, compte tenu de la persistance historique de telles phases en période d’expansion et de faible volatilité macroéconomique, et de l’absence d’excès de levier dans le secteur financier (sauf en Chine, où les autorités s’attachent activement à le réduire).

La prudence est de mise

Cela étant, il existe aussi de nombreuses raisons de se montrer prudent. La quête de rendement a conduit les investisseurs à s’orienter massivement vers des stratégies de crédit ou de volatilité peu liquides et sujettes à fortes corrections en cas de hausse même modeste de la volatilité. Une incertitude notable pèse sur l’évolution des taux d’intérêts américains, et donc mondiaux, compte tenu du renouvellement en cours du FOMC, de l’impact sur sa politique de la réforme fiscale en cours d’adoption, et de l’absence de précédents à la réduction graduelle des encours d’actifs acquis par la Fed au titre de sa politique d’assouplissement quantitatif.

Enfin, les risques géopolitiques sont loin d’avoir disparu. Parmi eux, les négociations sur l’ALENA sont à suivre de particulièrement près, comme indicateur de l’évolution plus générale de la politique commerciale des Etats-Unis. L’Europe, par contre, ne semble plus une source de risque majeur à court terme, même si beaucoup reste à faire pour convaincre les investisseurs internationaux de la pérennité de l’embellie actuelle.

Où investir ?

Au total, même si la prise de risque sera probablement moins largement rémunérée en 2018 qu’en 2017, nous restons favorables à une surpondération des actions (de préférence au crédit), et une sous-pondération des obligations souveraines, quoiqu’elles restent fort utiles à des fins de diversification. Parmi les actions, nous préférons les pays émergents, le Japon et l’Europe, les valeurs financières et technologiques, et les facteurs « momentum » et « value ». Enfin, dans un contexte où les rendements de long terme, comme la croissance potentielle et les gains de productivité, restent durablement plus faible qu’historiquement, il peut aussi être utile d’envisager une exposition aux marchés privés, qui offrent un potentiel de rendements et de diversification supérieurs, ainsi que l’accès à un éventail d’opportunités plus riche.

 

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Isabelle Mateos y Lago – Managing Director, Cheffe Stratège en investissement, BlackRock Investment Institute.


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