Management — 26/11/2017 at 17:00

Pierre Kosciusko-Morizet : « Comment j’ai repris le contrôle de ma vie »

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Pierre Kosciusko-Morizet

A 40 ans, le fondateur de PriceMinister a vécu plusieurs vies. A l’origine de l’une des plus belles success stories de la French Tech puis salarié du géant japonais qui a racheté le site, Pierre Kosciusco-Morizet est aujourd’hui business angel. C’est quoi, le plus exaltant ? Interview.

Un bureau lumineux avec vue sur la Seine. Dans un coin, une bouteille de vin. Ici, un masque africain, là, une planche originale d’Achille Talon. PKM, crinière blonde encore humide à la sortie de sa séance quotidienne de piscine, s’installe en tailleur, pieds nus sur son canapé. Luxe, calme et zénitude ? Ne vous y trompez pas. Créateur à 23 ans de PriceMinister, ce workaholicrepenti a revendu la société dix ans plus tard pour 200 millions d’euros. Dix ans pendant lesquels ce redoutable brasseur d’affaires a travaillé comme un fou. Et depuis ?

Pierre Kosciusko-Morizet en 6 dates. 1977 : Naissance à Orléans (Loiret). 1999 : Diplômé d’HEC. Échec de sa première start-up. 2000 : Fonde PriceMinister avec Pierre Krings. 2008 : Crée Kernel Investissements, sa holding personnelle, toujours avec Pierre Krings. 2010 : Rakuten rachète PriceMinister pour 200 millions d’euros. PKM en devient le directeur Europe. 2014 : Quitte Rakuten. Devient business angel et investit chaque année dans une dizaine de start-up.

Management : Que faites-vous de vos journées ?

Pierre Kosciusko-Morizet : Je passe un tiers de mon temps en Bretagne, pour mes loisirs, un tiers à l’étranger et un tiers à Paris. Quand je suis ici, je commence mes journées par une heure et demie de natation. J’arrive au bureau vers 10 heures puis j’enchaîne les réunions et les conf calls avec mon associé et avec les créateurs de start-up dans lesquelles nous investissons. Je fais aussi partie de plusieurs conseils d’administration. Je lis, je peins ou bien je joue de la musique au moins deux heures par jour. Le soir, je vais souvent dîner dehors avec un pote.

Ce n’est pas un rythme trop épuisant, quand même !

Pierre Kosciusko-Morizet : Je n’ai plus envie d’être opérationnel. J’aime mon job de business angel. Si je monte une nouvelle boîte, je sais que je vais encore me faire dévorer par le travail. Alors je suis vigilant pour ne pas me laisser entraîner ! Cela dit, je suis aussi deux fois plus efficace qu’avant. Je structure mieux mes journées, je décide plus vite. Et j’ai une assistante qui me fait gagner une demi-journée à une journée par semaine ! J’ai repris le contrôle de ma vie.

Quel rapport au travail a-t-on quand on crée sa boîte à 23 ans ?

Pierre Kosciusko-Morizet : Je voulais réussir, être utile, gagner de l’argent. J’ai adoré me noyer dans le travail. J’étais débordé mais heureux. A l’époque, je ne disais non à rien. J’acceptais toutes les interviews, toutes les invitations… C’est une erreur courante chez les entrepreneurs, une façon de se dire qu’on a bien fait son job. Moi, je répondais à tous les e-mails, même aux spams ! J’étais totalement “focus”, je ne lisais plus, j’avais arrêté le sport… Résultat, faute de recul, j’ai commis des erreurs. J’ai loupé le coche à l’international, par exemple.

Faut-il bosser comme un malade pour réussir ?

Pierre Kosciusko-Morizet : C’est indispensable au début, pour donner le rythme et organiser le travail. Sinon, on se laisse vite déborder. Mais il faut aussi lever le pied, se ressourcer. A 23 ans, je n’en avais pas conscience. Cela dit, à chacun de connaître ses limites. Chez PriceMinister, c’était intense, mais chacun savait pourquoi il était là. Dans une start-up ambitieuse, on doit être prêt à donner beaucoup. Si le rythme est trop dur, allez voir ailleurs : il n’y a pas de chômage dans les jeunes pousses.

Vous étiez du genre à mettre vos collaborateurs sous pression ?

Pierre Kosciusko-Morizet : Sans doute, mais de manière inconsciente. Les réunions quotidiennes, les avalanches de chiffres, les e-mails, ma réactivité pouvaient générer une pression descendante. Mais je ne me reconnais pas dans le portrait du patron agressif. Je suis au contraire très respectueux, disponible et d’une politesse maladive. Un collaborateur qui travaille trop est peut-être mal dans sa peau. Dans ce cas, il faut l’aider, l’obliger à prendre ses vacances, par exemple, comme cela m’est déjà arrivé. Ou alors l’inciter à déléguer. S’il ne le fait pas, c’est peut-être aussi qu’il ne souhaite pas évoluer, qu’il est bien où il est. J’ai déjà constaté cela chez des développeurs. Quand c’est le cas, soit vous mettez quelqu’un au-dessus de lui, soit vous le remplacez.

Quel est le secret de l’efficacité au travail ?

Pierre Kosciusko-Morizet : On est efficace quand on parvient à mobiliser à la fois son corps, son cerveau et sa créativité. Et pour y arriver, se ménager des temps de solitude, prendre du recul, ne pas se couper de ses centres d’intérêt est vital. Quand je suis en Bretagne, je nage deux heures par jour en pleine mer. A Paris, je médite régulièrement pour me nettoyer la tête.

Attention aussi aux technologies. A l’époque de Price, je n’avais pas Internet chez moi et je n’ai eu un smartphone qu’à partir de 2010. Le soir, chez moi, j’avais une vraie coupure. Aujourd’hui, ce ne serait plus possible. Il faut s’obliger à se déconnecter, sinon cela n’arrive jamais.

Bosser comme un malade, c’est une drogue ?

Pierre Kosciusko-Morizet : C’est une façon de se rassurer. Après Price, j’ai eu peur de m’ennuyer. Le truc qui ne m’arrive jamais ! J’ai monté une nouvelle boîte avec des copains et on a embauché 12 personnes pour trouver la bonne idée qui vaudrait 10 milliards. Je bossais comme un fou, mais l’enthousiasme n’y était plus. Au final, on n’a pas trouvé une idée, mais quatre… et on a transformé la boîte en incubateur.

Quels conseils donnez-vous aux créateurs que vous accompagnez ?

Pierre Kosciusko-Morizet : Levez le nez du guidon ! Ce qui compte vraiment, c’est que les clients soient satisfaits sur le long terme. Ne répondez pas à tout et à n’importe quoi. Isolez-vous, méditez, passez davantage de temps en famille. Et embauchez un assistant !

Quand vous avez besoin de décompresser, que faites-vous ?

Pierre Kosciusko-Morizet : J’ai un piano dans la pièce d’à côté. La musique, c’est un peu tout le temps !

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