Entreprise — 14/11/2017 at 14:00

La clé du succès pour une entreprise ? Se transformer en restant soi-même

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rosapark-monoprix

Une entreprise doit savoir se renouveler tout en gardant son identité.

Dans Le Guépard, Tancredi, le neveu du prince Salina, l’assure : “Il faut que tout change pour que rien ne change.” Si l’intrigue du roman se situe au XIXè siècle, pendant les émeutes du Risorgimento, sa prophétie paraît d’une étonnante actualité. Les mouvements incessants que nous vivons, politiques, macro ou microéconomiques, grossis par la superloupe médiatique, ne semblent pas conduire à des ruptures, mais plutôt à la régénération des systèmes en place. Et si le changement permanent ne produisait que de la pérennité, forme la plus aboutie de la constance ?

Jean-Paul Bailly, l’ancien président de La Poste, n’aurait pas contredit Tancredi : “La Poste a changé pour rester la même”, affirmait-il en 2013. Cette vieille institution, héritage des premiers relais de poste de Louis XI, est devenue un modèle de la transformation à la française. La récente résurrection de La Redoute, que les Galeries Lafayette viennent de racheter, confirme ces mutations synonymes de pérennité. Après avoir perdu le fil de ce qu’elle avait toujours su être – une marque permettant à un grand nombre de Français d’accéder aux tendances de la mode et de la déco -, l’enseigne, donnée comme perdue il y a deux ans, a été régénérée par deux jeunes entrepreneurs. Après des efforts collectifs immenses, sans rien modifier de sa promesse initiale, mais en bouleversant tout ce qui permet de la tenir, l’entreprise est redevenue en un temps record une star des foyers.

Les exemples sont légion. Monoprix s’est réinventé pour devenir le commerce de centre-ville qu’il avait toujours été ; Danone a reconstruit son business model autour de la santé, comme lorsque ses premiers produits étaient vendus en pharmacie ; Sodexo étend son service à coups d’acquisitions, mais en maintenant son objectif initial : faciliter la vie… Ainsi, les firmes qui réussissent ne seraient pas celles qui changent le plus, mais celles qui changent le mieux : elles se transforment en restant, voire en devenant elles-mêmes. N’évolueraient-elles que pour renforcer ce qu’elles sont déjà ? Pour recréer leur mythe fondateur ?

Mais l’exercice n’est pas aisé. La vocation originelle d’une entreprise est parfois si bien enterrée par les bouleversements successifs qu’elle devient difficile à exhumer. Ainsi, Alcatel, Bull ou Kodak ne l’ont jamais remise au jour. A l’inverse, le poids trop lourd d’un nom ou d’une histoire (les socialistes ne se querellent-ils pas aujourd’hui sur le terme même de socialiste ?) bloque parfois l’adaptation. “Le monde n’est qu’une branloire pérenne, écrivait Montaigne. Toutes choses y branlent sans cesse : la terre, les rochers du Caucase, les pyramides d’ Egypte. La constance même n’est autre chose qu’un branle plus languissant.” Appliquée à notre monde qui tangue, la pensée de Montaigne nous invite au discernement : dans un changement, le plus important est sans doute de savoir ce qui ne va pas bouger ou, a fortiori, ce qui ne doit pas être altéré.

Erwan Nabat est directeur associé du groupe Alter&Go.

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