Entreprise — 12/07/2017 at 16:00

Symphony, la start-up qui rythme les échanges de Wall Street

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Cette plateforme de chat sécurisé est soutenue par des grands noms de la banque dont Goldman Sachs et JP Morgan. En trois ans, elle a levé 170 millions de dollars.

Bien que français, David Gurlé parle avec l’accent américain. Pour cause, il habite aux Etat-Unis depuis 1999, où après être passé par Microsoft, Reuters et Skype, il crée en 2012 Perzo, une messagerie cryptée destinée aux salles de marché. A l’époque, les institutions financières ont besoin de sécuriser leurs échanges. Goldman Sachs sent la tendance et monte en 2014 un consortium avec d’autres banques pour racheter Perzo, devenu Symphony.

David Gurlé prend la tête de la nouvelle entité basée à Palo Alto (Californie). Concrètement, cette plateforme permet aux institutions financières de partager des documents, de s’envoyer des mails et d’organiser des réunions à distance en toute sécurité et en conformité avec la réglementation en vigueur. Elle s’adresse en particulier aux “brokers” (des intermédiaires financiers) et aux asset managers issus de petites et grandes institutions financières. Parmi ses 180 clients, elle compte des références de Wall Street comme JP Morgan, Citi ou encore Goldman Sachs. Côté français, Natixis, Société Générale, Crédit Agricole CIB et BNP Paribas ont déjà adopté la solution. 

La plateforme est opérationnelle depuis un mois auprès de 800 collaborateurs de la banque de financement et d’investissementdu Crédit Agricole (sur 13 000). “Nous avons été séduit par l’environnement sécurisé de Symphony, ce qui n’est pas le cas de toutes les plateformes. Elle permet aussi d’augmenter la productivité et d’améliorer la collaboration car on peut organiser des forums à thème ou suivre des signaux”, souligne Samy Beji, global head of structuring and product development au sein de la division global markets de la banque. “Notre grand leitmotiv est de tuer le mail. Il est encore très utilisé dans la banque alors que ce n’est pas l’outil le plus pratique. Certains managers reçoivent des milliers de mails par jour. Utiliser un chat comme Symphony nous permettra d’être plus efficace”, ajoute-t-il.

La majorité de ses clients ont participé à ces trois levées aux côtés de fonds de capital-risque et de Google. En trois ans, la société américaine a collecté 170 millions de dollars dont 63 millions en juin dernier. BNP Paribas menait ce dernier tour de table et a obtenu un siège au conseil d’administration. Symphony est entrée dans le club très fermé des licornes, ces start-up valorisées à plus d’1 milliard de dollars, d’après TechCrunch. “Nous avons atteint un niveau de maturité et de croissance qui est interprété par la presse comme tel et nous en sommes très fiers. Nos levées de fonds nous ont permis de croître très rapidement mais ce n’est que le début de notre voyage. Des milliers d’entreprises ont besoin de ce type de produits et de services”, analyse David Gurlé. Aujourd’hui, la jeune pousse compte 205 000 utilisateurs, contre 320 000 pour l’agence Bloomberg, qui propose aussi une messagerie sécurisée pour les salles de marché.

Faire mieux que Bloomberg sur la messagerie

Comment cette société de 200 salariés est-elle devenue concurrent d’un géant bien installé ? Première explication : le prix. Chez Symphony, l’abonnement coûte 20 dollars par utilisateur par mois alors que Bloomberg facture, quant à lui, 20 000 dollars par an par utilisateur. Mais l’offre de Bloomberg comprend aussi un terminal qui permet aux traders d’obtenir des informations en temps réel sur les places financières. La messagerie n’est donc qu’une fonctionnalité parmi d’autres. “Symphony n’est pas un remplaçant de Bloomberg. Nous avons restreint l’accès au chat mais nous continuons à utiliser Bloomberg pour ces autres fonctionnalités comme l’accès aux informations des marchés”, raconte Samy Beji. Symphony se positionne plutôt comme un concurrent de Microsoft Exchange, la messagerie professionnelle de la firme de Mountain View. “A terme, nous voulons offrir une plateforme de collaboration à toutes les entreprises, quelque soit leur secteur et leur métier”, précise le dirigeant.

Autre explication de ce succès : le “scandale Bloomberg”. En 2013, CNBC a révélé que les journalistes de Bloomberg utilisaient des données privées de ses clients pour espionner des hauts responsables américains.

Symphony se différencie aussi de l’agence par son ouverture. La plateforme peut être intégrée à n’importe quel support alors que celle de Bloomberg fonctionne uniquement sur des terminaux Bloomberg. D’ailleurs, Symphony a signé en juin dernier un partenariat avec un autre fabricant de terminaux : Thomson Reuters. Elle sera intégrée fin 2017 dans les 150 000 terminaux Eikon de l’agence de presse. De nouveaux partenariats seront annoncés en septembre prochain.

Pour accompagner sa croissance, la start-up prévoit de recruter une trentaine de personnes d’ici fin 2017. Elle cherche un lieu pour ouvrir un centre de développement européen qui rassemblera à la rentrée une vingtaine d’ingénieurs. “Dans la Silicon Valley, il y a une inflation des salaires. En Europe, ils sont beaucoup plus raisonnables. En plus, les ingénieurs européens sont aussi talentueux que les Américains”, observe David Gurlé. Sophia Antipolis (Alpes-Maritimes) fait partie de la short liste. Pour l’heure, Symphony n’a pas de bureau dans l’Hexagone mais deux personnes sont basées Paris. “Nous cherchons des locaux pour ouvrir un bureau car nous avons des clients de premier ordre en France”, souligne-t-il.

Seule ombre au tableau : Symphony n’est pas encore rentable. “Notre trésorerieest bonne. Nous allons continuer à investir dans la plateforme. Si nos revenus continuent à croître à ce rythme, nous pourrions être rentables fin 2018 mais ce n’est pas un objectif absolu car on est toujours en phase de croissance. Nos investisseurs et notre conseil d’administration préfèrent pousser notre croissance et augmenter notre part de marché”, précise le CEO. Pour y parvenir, la start-up compte se tourner vers d’autres industries en quête de plus de sécurité comme l’aéronautique, la santé et le juridique.


Source : Charlie Perreau, JDN

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