Tech — 29/05/2017 at 10:00

La Chine, nouvel empire du milieu de la fintech

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Après l’e-commerce, la Chine part à la conquête de la fintech. En 2016, les investissements dans les technologies financières ont atteint les 10 milliards de dollars dans le pays, selon une étude d’Accenture. Pour la première fois, l’empire du Milieu a dépassé les Etats-Unis (9,2 milliards de dollars) en la matière et devance de très loin l’Europe (2,4 milliards dollars). La deuxième puissance économique mondiale compte désormais 13 licornes dans le secteur, dont quatre ont dépassé le seuil du milliard de dollars de valorisation en 2016. Les Etats-Unis en dénombrent 18 mais leur valorisation cumulée s’élève “seulement” à 50,3 milliards de dollars. Les 13 pépites chinoises cumulent quant à elles 112,3 milliards de dollars de valorisation. Ces chiffres colossaux sont portés par trois levées de fonds supérieures à 1 milliard de dollars en 2016.

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L’explosion de la fintech est en grande partie due à l’essor de l’e-commerce dans le pays. Selon le National Bureau of Statistics de Chine, les ventes en ligne dans le pays ont atteint 701 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2016, soit une progression de 26,2% par rapport à 2015. Les plus gros e-commerçants ont profité de ce boom pour développer leurs propres services financiers. “Ils ont atteint une taille critique d’utilisateurs et en ont profité pour ajouter une surcouche financière à leur activité”, explique Cédric Teissier, vice-président de France Fintech. “En Europe et aux Etats-Unis, les fintech sont surtout pilotées par des start-up. En Chine, ce sont les géants d’Internet comme Baidu, Tecent et Alibaba qui les ont créées. Avec toutes les informations qu’elles possédaient déjà sur leurs clients, c’était plus facile de se lancer”, ajoute Didier Descombes, associé chez KPMG.

Ces géants se sont majoritairement positionnés sur le créneau du paiement. Par exemple, Alibaba a créé en 2014 Ant Financial, une filiale de services financiers et propriétaire d’Alipay, et son concurrent JD.com a fait de même avec JD Finance. L’émergence de la classe moyenne et son appétence pour les technologies a propulsé le paiement mobile. D’après une étude d’eMarketer parue en juin 2016, plus de 195 millions de Chinois avaient utilisé fréquemment leur mobile pour des achats courants, contre 134 millions en juin 2015. “Les Chinois ne sont pas passés par la case carte de crédit car il y avait beaucoup de fraudes. Ils ont très rapidement utilisé les solutions numériques et le paiement mobile qui sont considérés comme plus sécurisés”, explique Sophie Zhou Goulvestre, associée dirigeante de SR2C Consulting & Management, un cabinet spécialisé dans la conduite d’affaires franco-chinoises.

Autre facteur de succès de la fintech chinoise : le pays est sous-bancarisé. Selon la banque mondiale, 490 millions de Chinois n’ont pas de banque. “En France, on peut facilement contracter un crédit. En Chine, c’est beaucoup plus dur. C’est pourquoi les plateformes de peer-to-peer se sont beaucoup développées ces dernières années”, explique Guillaume Bonneton, partner à la banque privée britannique GP Bullhound. “La moitié de la population n’a pas accès à des services bancaires classiques. Les fintech chinoises ne sont pas seulement arrivées pour proposer une solution complémentaire mais pour remplir un vide sur le marché”, souligne Sophie Zhou Goulvestre.

Les grandes banques commerciales publiques prêtent peu aux petites entreprises par prudence. “Elles ont du mal à accorder des crédits aux TPE et PME car elles sont considérées comme des profils à risque. Elles ont peu d’ancienneté, leurs résultats sont variables…”, précise Didier Descombes. En 2015, Ant Financial a lancé une banque en ligne MYBank destinée aux “petites entreprises, particuliers et usagers du secteur rural”. En quatre mois d’existence, la banque avait déjà accordé plus de 400 millions d’euros de prêts. 

Le gouvernement chinois a aussi favorisé l’essor de ces fintech. En Chine, la politique des données est beaucoup plus souple qu’en Europe. “Les Chinois n’ont jamais réellement eu de politique sur la confidentialité des données. Cela vient de l’attitude très big brother du Parti communiste. Au final, c’est très bénéfique pour le développement des fintech”, soutient Guillaume Bonneton. Le protectionnisme économique tant prôné par l’Etat chinois est aussi favorable à l’installation d’un écosystème fintech chinois. “La réglementation en Chine a surtout créé des barrières à l’entrée. Le marché est hermétique pour les entreprises étrangères. La preuve : les GAFA ne sont pas présents. Si une fintech entre sur ce marché et qu’elle utilise le cloud d’Amazon, elle devra changer de fournisseur pour AliCloud. Ce n’est pas un changement très facile à opérer”, estime Sophie Zhou Goulvestre.

Le défi de l’internationalisation

Adyen, licorne néerlandaise spécialisée dans les moyens de paiement, a été le premier acteur à intégrer WeChat Pay (propriété de Tencent et principal concurrent d’Alipay) sur sa plateforme. Concrètement, les consommateurs chinois peuvent régler leurs achats avec WeChat Pay sur un site e-commerçant client mais aussi directement en magasin. “Les touristes chinois qui viennent à Paris peuvent payer avec leur téléphone via l’application WeChat Pay”, illustre Philippe de Passorio, directeur général France d’Adyen. Un marché énorme puisque 113 millions de Chinois ont quitté leur pays pour partir en vacances en 2016. Cependant, la pépite néerlandaise ne peut pas opérer en Chine car elle n’a pas obtenu la licence d’établissement de paiement chinoise. “Personne ne peut l’avoir tellement le marché est fermé”, regrette le dirigeant.

Cette alliance n’est pas un cas unique. Après avoir conquis leur pays, les fintech chinoises mettent le cap sur l’international et nouent des partenariats avec un tas d’acteurs. Ant Financial multiplie les annonces en ce sens. “Alipay va dupliquer son modèle partout dans le monde. Il a commencé en Inde et en Thaïlande et s’attaque peu à peu à l’Europe et aux Etats-Unis”, affirme Sophie Zhou Gouvestre. Il vient de nouer un partenariat avec l’Américain First Data Corp (une société de paiement) qui permet à 4 millions de commerçants aux Etats-Unis d’accepter des paiements par Alipay. Uber a aussi signé avec Alipay pour permettre aux voyageurs chinois de payer partout dans le monde leur trajet Uber. Fin 2016, BNP Paribas s’est également associé à Alipay pour permettre aux 16 millions de touristes chinois en France de payer dans les magasins partenaires de la banque. Ingenico déploie depuis début 2017 le mode de paiement dans les boutiques duty free de Lagardère Travel retail à l’aéroport Paris-Charles de Gaulle.

Cette expansion n’en est qu’à ses prémisses. “Maintenant, les fintech chinoises vont apprendre à mieux qualifier leurs données client. On va voir naître des start-up dans la regtech et la blockchain. 2017 est plus calme sur le plan des investissements mais ce sera pour mieux rebondir”, conclut Didier Descombes.

Préparez-vous.


Source : Charlie Perreau, JDN

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