Funds — 20/05/2016 at 10:13

Les fonds activistes passent en mode lobbying à Washington

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bil ackman

Après une année 2015 caractérisée par de mauvaises performances, les principaux responsables des fonds activistes américains vont faire du lobbiyng pour contrer les attaques.

Dans le monde de la finance aussi, la meilleure défense c’est l’attaque. C’est pourquoi les gestionnaires de fonds activistes Carl Icahn d’Icahn Enterprises, Daniel Loeb de Third Point, Paul Singer d’Elliott Associates, Barry Rosenstein de Jana Partners et William “Bill” Ackman (surnommé le “d’Artagnan des hedge funds”) de Pershing Square Capital Management, ont mis leurs différences politiques de côté pour lancer un lobby à Washington afin de contrer les attaques qui les visent.

Réunis dans Circa (Council for Investor Rights and Corporate Accountability) ils gèrent à eux cinq environ 90 milliards de dollars d’actifs (voir encadré). Et le message qu’ils veulent faire passer, au législateur comme à l’opinion publique, est simple : “Les investisseurs activistes, en tant que propriétaires des sociétés qu’ils ciblent, stimulent le débat sur la prise de décision de l’entreprise. Un débat qui, potentiellement, bénéficie à tous les actionnaires et, partant, à toute l’économie”.

Mauvaise performance en 2015
Une manière de répondre aux critiques de ceux qui voient en eux des investisseurs court-termistes qui mènent des raids éclairs au détriment des plus actionnaires de long terme. D’autant que les “activistes” n’ont pas été à la fête en 2015, tandis que les hedge funds “quantitatifs” accaparaient la moitié des 25 places du classement annuel du magazine “Institutional Investor Alpha”. Et de fait, l’indice de performance d’Insight Activist compilé à partir de plus de 30 fonds opérant sur plusieurs marchés (voir le rapport Activist Investing ci-dessous) a reculé de plus de 3 % lors des trois premiers trimestres de 2015 (et -8 % pour les sociétés cotées outre-Atlantique), signant une année négative pour la première fois depuis 2011.

Symbole de cette mauvaise passe, Bill Ackman qui a comparu le 27 avril devant une Commission du Congrès au sujet de la politique de prix pratiquée par le groupe canadien Valeant Pharmaceuticals International. Le 8 mars dernier, le départ du directeur général Michael Pearson a fait plonger le titre Valeant; faisant au passage perdre à Bill Ackman (qui détenait 6,3% du capital) plus de 700 millions de dollars en une seule séance.

Carl Icahn, le plus actif des activistes
Entre 2000 et 2012 ce sont 462 entreprises ont été rachetées dans le cadre de campagnes activistes, dont 71 par des hedge funds. Sur cette période, c’est Carl Icahn qui arrive en tête (9 rachats) suivi par Elliott Associates (7), Newcastle Partners (5), ValueAct et Steel Partners (4 chacun). Après cette période, les campagnes qui n’ont cessé de progresser (+33 % par an depuis 2010 et 111 milliards d dollars d’actifs gérés en 2014) aux Etats-Unis ont aussi gagné le Vieux Continent. En 2013, 73 campagnes activistes publiques y ont été initiées et fin septembre 2014, un rapport de JP Morgan en recensait 36 autres.
De taille et de nature diverses, les fonds qui ont adopté une stratégie purement activiste représentent 11 % des fonds répertoriés en 2015, indique Activist Investing et ils gèrent 163 milliards de dollars d’actifs dans le monde. Dans 70 % des cas où il rachète une société, l’activiste est le seul acheteur et, dans 30 % des autres cas, il est associé avec d’autres prédateurs comme, en 2014, Bill Ackman (Pershing) et le groupe Valeant afin d’acquérir Allergan. Une opération qui a échoué.

Nombre de procédures record
En règle générale, les fonds activistes prennent des participations minoritaires (autour de 5 % en moyenne) dans des entreprises qu’ils estiment sous-évaluées et mal dirigées, puis ils militent rapidement pour imposer des changements. Leurs angles d’attaque ? Modifier la stratégie de l’entreprise, la gestion de sa trésorerie ou encore la composition du management (50 % des demandes) voire du conseil d’administration. Ceci, parfois sous la menace de poursuites si le board n’obtempère pas.

Aux Etats-Unis, ces fonds activistes ont engagé l’an dernier, selon les données de l’agence Reuters Thomson, 508 procédures contre des sociétés américaines, un record. Leurs cibles portaient des noms aussi connus que DuPont, General Electric ou AIG. Des opérations qui n’ont pas échappé à la vigilance des politiques, notamment celle des deux candidats à l’investiture démocrate pour la présidentielle de 2017, Bernie Sanders et Hillary Clintion.

Leurs méthodes, souvent agressives, sont parfois contestables comme l’a montré en France l’offensive du fonds Muddy Waters sur Casino en décembre 2015.


Source : Jean-Michel Gradt, Les Echos

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