Les banques d’investissement perdent du terrain

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Gérants d’actifs et traders haute fréquence représentent la plus grande menace. Pour résister, les BFI doivent mettre à profit leurs données financières.

Dans l’univers des grandes banques de financement et d’investissement (BFI), ce sont moins les FinTech que les gérants d’actifs et les traders haute fréquence qui représentent la plus grande menace. Les BFI dégagent de fait déjà moins de revenus que ces acteurs. Selon une étude du BCG publiée mardi, elles n’ont capté en 2015 « que » 228 milliards de dollars de commissions sur les marchés financiers, un plus bas en sept ans, qui ne représente que 38 % du total de l’industrie. En 2006, elles captaient 53 % des revenus. Leurs contreparties « buy side » (les grands gérants comme BlackRock, les traders haute fréquence et les « hedge funds ») s’arrogent en revanche déjà 44 % des commissions mondiales (263 milliards de dollars), sans compter les plates-formes de trading et les fournisseurs d’informations, tels que Bloomberg ou Reuters (18 %).

A ce rythme, les banques d’investissement, dont la rentabilité des capitaux (ROE) moyenne plafonne en dessous de leur coût du capital, à 6 %, risquent de « perdre la guerre » en 2020 face aux acteurs de la gestion d’actifs, estime l’étude. Ces derniers géreront alors 100.000 milliards de dollars, ce qui leur assurera 300 milliards de dollars de commissions, soit 45 % des revenus mondiaux. Les BFI devront-elles se cantonner à un tiers du marché.

Outre la croissance naturelle de leur portefeuille, les gérants tirent profit des abandons de terrain par les banques. Exemple, les exigences en capital du régulateur qui les contraint à intermédier les crédits auprès de ces investisseurs institutionnels. Ou les classes d’actifs qui basculent vers le trading électronique, sur lequel les BFI ne sont plus de taille à lutter contre les traders haute fréquence. « Les actionnaires ne vont cependant pas supporter indéfiniment des ROE en dessous de la moyenne des 6 % », relève Gwenhaël Le Boulay, associé au BCG. Le défi est particulièrement élevé pour les BFI de petite taille pour lesquelles les leviers traditionnels de réduction de coûts fonctionneront à la marge. Et encore, comme les effectifs des activités de trading pèsent 30 à 50 % des coûts selon le type d’actifs, « des réductions agressives des effectifs de front office seront nécessaires alors que les marchés basculent à l’électronique », prévient le cabinet.

La denrée des données
Cela sera en outre insuffisant face aux futures exigences en capital dans les activités de marché. Le BCG a calculé que sur une assiette de revenus estimée de 200 milliards de dollars en 2017 (-13 % par rapport à 2015), et sans amélioration réelle de la base de coûts, les actifs pondérés des risques des banques vont croître de 28 %, faisant chuter leur ROE à 3,4 %. Sans compter que le rythme des amendes liées aux scandales de la crise, soit quelque 284 milliards de dollars à fin 2015, ne ralentit pas vraiment.

Les acteurs intermédiaires de la banque d’investissement, estime le BCG, doivent donc « sortir de leur rôle traditionnel de leveurs de capitaux et teneurs de marchés », et « exploiter leurs données clients internes et leurs systèmes informatiques ». Dès lors, les BFI « doivent éviter de révéler leurs données de recherche, sur les indices ou les prix de marché au travers de canaux alternatifs, dans l’espoir de générer des revenus », dit le rapport. Les BFI de demain seront en réalité des fournisseurs de données financières. En contrepartie, « l’industrie dans son ensemble devra abandonner son modèle de facturation implicite et les “soft-dollar arrangements” ».


Source : Anne Drif, Les Echos

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