Funds — 11/04/2016 at 11:21

Quand une foule d’anonymes collecte des datas pour les « hedge funds »

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La start-up Premise utilise les smartphones des gens pour agréger des « vérités de terrain » en indicateurs fiables.

Créer et rémunérer un réseau de milliers de personnes, notamment dans les pays en voie de développement, pour remonter des « vérités de terrain » dont on pourra tirer des indices de prix ou tout un tas d’autres indicateurs utiles, tel est l’objectif de la jeune société californienne Premise, fondée par David Soloff en 2012. Un objectif jugé tout à fait crédible par des investisseurs réputés – dont le fonds Valor Equity, qui a financé les voitures électriques Tesla -, puisqu’ils ont déjà misé 66 millions de dollars, ou encore des économistes de renom comme Larry Summers, ancien secrétaire au Trésor de Bill Clinton, qui a rejoint le conseil d’administration de Premise.

Ancien analyste dans l’industrie de la gestion, David Soloff a estimé que de nombreux fonds ou entreprises fondaient leurs décisions d’investissement dans les pays les moins développés sur des données périmées, voire manipulées par les autorités. Pour lui, la visite biannuelle d’un expert dans un pays donné, faisant encore trop souvent office de remontée d’info, est une vieillerie datant du plan Marshall et à remiser au placard, a-t-il expliqué à Wired UK. C’est ce qui lui a donné l’idée d’une méthode apparemment fastidieuse mais finalement rendue exploitable grâce aux nouvelles technologies : demander à des citoyens lambda équipés de smartphones localisables par GPS de prendre des photos sur le terrain et de les lui envoyer. La méthode est en particulier appropriée à l’évaluation des prix. Les ordinateurs de Premise reçoivent chaque jour des photos de denrées avec l’étiquette du prix, des marchés de villages aux hypers de mégalopoles, et sont capables de les exploiter automatiquement. C’est d’ailleurs quand Premise a convaincu Bloomberg de prendre un indice de prix de denrées de base, que l’aventure s’est accélérée pour David Soloff. Cela dit, Premise, qui reçoit déjà 42.000 images par jour rémunérées quelques centimes (ce qui a permis de compléter le salaire de milliers de personnes d’un total de 3 millions de dollars jusqu’à maintenant), voit bien au-delà des indices de prix. Pourquoi ne pas photographier les queues dans les magasins, la richesse de leurs gondoles, les signes de rationnement ? Ou même équiper les smartphones des gens de son réseau de capteurs de pollution ou de bruit (un bon indicateur de l’activité économique) ? Ou même analyser la qualité des denrées produites ou vérifier les campagnes d’électrification de certaines zones ?

Une demande très diverse
Aujourd’hui, ces informations intéressent évidemment les « hedge funds », qui spéculent sur les évolutions de prix. Mais pas seulement, assure David Soloff, qui cite parmi ses clients des entreprises tentant de prévoir l’évolution de leurs biens intermédiaires ou même la Banque mondiale et des ONG comme la Fondation Gates, qui peuvent anticiper des famines.

Les revenus de Premise ont dépassé 10 millions de dollars en 2015, révèle David Soloff à Wired UK, mais il promet une multiplication par cinq cette année. S’il dit vrai sur le manque de pertinence de certains analystes pays et s’il continue à générer des abonnements à de nouvelles formes d’information pertinente, cela pourrait n’être qu’un début…


Source : Nicolas Madelaine, Les Echos

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