Quand les « hedge funds » activistes chassent en meute

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Les activistes agissent parfois de manière coordonnée pour accroître leurs chances de succès. Une pratique que les autorités veulent mieux encadrer.

Les grands activistes américains (Elliott Management, Carl Icahn, Starboard Value, Jana Partners, Pershing, Third Point, Trian, ValueAct…) ne sont pas que des loups solitaires. Ils chassent parfois en meute, un phénomène que Wall Street a appelé le « wolf pack », littéralement la « meute ». Quand ils franchissent en hausse le seuil de 5 % du capital d’une société, ils ont dix jours pour en avertir le régulateur et clarifier leurs intentions. Seulement, ils ont la possibilité d’avertir d’autres fonds de leur prise de participation pendant cette période. Un projet de loi déposé par des sénateurs veut ramener cette période de dix à deux jours, compte tenu de la controverse autour de cette liberté. Les fonds devront aussi divulguer leurs positions sur les dérivés et ventes à découvert. En effet, dans ce laps de temps, les volumes de transactions et le cours de la société ciblée bondissent, augurant de fuites sur ce franchissement de seuil.

Pacte des loups
Ce tuyau du « hedge fund » leader à ses suiveurs «  peut ressembler à un délit d’initié, mais, d’un point de vue légal, c’est différent. Même si cette information est non publique, le fonds qui la livre n’enfreint aucune règle, notamment vis-à-vis de ses clients. Il est d’ailleurs dans l’intérêt de ses derniers que le “hedge fund” coalise autour de lui pour valoriser sa participation. Le “hedge fund” activiste ne tombe sous le coup de la loi que s’il lance une offre de rachat après avoir laissé filtrer cette information à ses collègues », expliquent John Coffee et Darius Palia dans leurs travaux (1).

2015, une année très active
Les « hedge funds » activistes gèrent autour de 120 milliards de dollars, soit quatre fois plus que fin 2008. Depuis cette date, une vingtaine de nouveaux fonds se lancent chaque année sur cette stratégie, contribuant à grossir ses actifs et donc sa force de frappe. L’année passée, le nombre de campagnes activistes a augmenté aux Etats-Unis de 46 %, à 94, et leurs principales réclamations ont porté sur des changements du conseil d’administration, la volonté de fusionner la société avec une autre… Une cinquantaine d’activistes ont ciblé 80 groupes cotés américains. Les trois quarts des cibles avaient une capitalisation boursière inférieure à 20 milliards de dollars.

Les fonds peuvent se prévenir entre eux, mais, subtilité juridique, leurs achats d’actions ne doivent pas être coordonnés. Ce n’est ainsi pas parce qu’ils chassent la même proie en meute qu’ils agissent de concert et forment un groupe. Former un « groupe » les contraindrait à agréger leurs participations. Si la « meute » perçoit que l’activiste, réputé, va parvenir à ses fins (cession d’actifs…) et créer de la valeur, ils vont le suivre, au moins un temps, dans sa campagne activiste­.

Un gage de succès
Coaliser et convaincre d’autres fonds accroît les chances de succès de l’activiste leader. En les prévenant, il leur donne un avant-goût des performances qu’il espère générer dans sa campagne. Un cadeau, un profit presque sans risque, mais les « hedge funds » leaders ne livrent pas cette information au tout-venant, mais à ceux qu’ils jugent assez influents. Un gage de succès.

Le marché ne s’y trompe pas : l’action de la société cible progresse deux fois plus quand elle est attaquée par une « meute » que par un seul activiste, d’après une étude (2). Le taux de succès, qui mesure la capacité à imposer des changements à la société, est aussi près de deux fois plus important, 78 % contre­ 46 %. L’union fait la force.


Source : Les Echos

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