La French Tech se conjugue au féminin

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Plusieurs indicateurs montrent la place grandissante des femmes dans les start-up.

Et si Paris devenait l’épicentre mondial des startuppers au féminin ? L’idée n’a rien de l’exercice rhétorique. Début 2015, une jeune pousse sur cinq de la capitale était dirigée par des femmes, selon une étude réalisée par Compass classant les villes aux écosystèmes de start-up les plus évolués dans le monde. Depuis, d’autres données alimentent l’hypothèse, comme le baromètre du réseau Girls in Tech des levées de fonds réalisées par des femmes en France . En un an, le montant total a bondi de 250 % pour atterrir à 90 millions d’euros et le montant moyen de chaque projet (2,3 millions) est en hausse de 130 %. Et surtout, elles sont plus nombreuses à tenter leur chance en Ile-de-France que les hommes (82 contre 63 %). Un autre projet, plus global, tend à prouver une meilleure efficacité des femmes par rapport aux hommes : First Round 10 Years Project a suivi 300 projets d’amorçage aux Etats-Unis sur dix ans et sa conclusion est très claire : « Les entreprises qui comportent une femme dans l’équipe fondatrice sont plus performantes de 63 % de plus que celles composées uniquement par des hommes. »

Créer plus d’exemples
Si les figures à valeur d’exemple manquent encore pour créer un appel d’air suffisant, elles s’organisent. Girls in Tech donc, mais pas seulement. Le réseau Paris Pionnières secoue les positions établies , comme l’explique Caroline Ramade, sa déléguée générale adjointe : « Il existe un problème de modèle, et ce sont toujours les mêmes que l’on présente. C’est aussi pourquoi nous voulons remonter plus haut dans la chaîne en ciblant les plus jeunes filles. » L’idée derrière cette initiative consiste-t-elle à susciter des vocations ? Bien entendu. Mais aussi à faire prendre conscience aux investisseurs, mâles dans leur très grande majorité, qu’aller chercher de la croissance en répondant à de nouveaux besoins est tout de même plus simple. « Et comment imaginer les nouveaux usages pour l’ensemble de la population lorsque la stratégie n’est portée que par des hommes  ? » se demande Caroline Ramade.

L’école des clichés
Roxanne Varza, directrice de la future halle Freyssinet se rappelle aussi que les barrières s’érigent dès le plus jeune âge : « Lorsque je travaillais pour Microsoft Ventures, nous organisions des événements à destination des collégiennes pour les sensibiliser aux métiers de la tech. Et là, je me suis retrouvée face à des clichés inimaginables… Le moins que l’on puisse dire est que cela ne les faisait pas rêver ! » Pour Alice Zaguri, cofondatrice de l’incubateur parisien The Family  : « C’est aussi de la faute des femmes qui n’osent pas assez. Réveillez-vous ! Appropriez-vous plutôt que d’attendre que l’on vous donne. » Entre combat et amertume, elle avoue pourtant sans détour « faire de la discrimination positive » lorsqu’elle sélectionne les start-up. « Nous sommes moins exigeants sur la notion d’ambition lorsque l’on écoute une femme, car cela peut se travailler plus tard. Nous sommes plus attentifs au potentiel. »

Des millions d’entrepreneuses en herbe
Un mélange de frustration et d’espoir domine le débat. Car le réservoir est là. Bpifrance a révélé un sondage en début d’année démontrant un potentiel de 5 millions de nouvelles entrepreneuses en France. Que ce soit à Paris ou ailleurs, les start-up portées tout ou partie par des femmes ont le vent en poupe, comme le rapporte Bénédicte de Raphélis Soissan : « Les femmes se posent elles-mêmes des limites alors que les hommes, investisseurs et entrepreneurs, les attendent. » Ou Jean-David Chamboredon, président du fonds ISAI et coprésident de France Digitale : « Le one-man-show n’est plus à la mode. C’est le one-team-show qui l’emporte désormais, et il serait étrange aux yeux des investisseurs qu’elle ne comporte aucune femme ! » Le mot est passé…


Source : Guillaume Bregeras, Les Echos

 

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