Bill Ackman, la descente aux enfers

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Le fonds activiste de 12,2 milliards connaît son pire début d’année avec une chute de 20 %.

C’est le plus audacieux et téméraire des mousquetaires de l’activisme (David Einhorn, Chris Hohn, Dan Loeb), le « d’Artagnan » des « hedge funds » : Bill Ackman, le fondateur de Pershing, ne déteste rien de moins que de partager la gloire et les honneurs. Mais il est aujourd’hui bien isolé et dans une fâcheuse posture. Son fonds de 12,2 milliards de dollars a perdu près de 20 % depuis le début de l’année, dont 10 % en février. Il avait déjà abandonné 20,5 % en 2015, mettant un terme à deux années favorables, avec des gains respectifs de 40,4 % et 9,6 % en 2014 et 2013.

1 milliard en une journée
Ce fonds activiste est connu pour ses paris très concentrés – il détient 11 valeurs seulement (1) – et sa grande agressivité dans son « dialogue » avec les sociétés américaines, où il fait figure de croquemitaine du gouvernement d’entreprise. Dans son rapport annuel, le « hedge fund » explique ces difficultés par les remous sur les marchés financiers et l’action de « poissons pilotes ». Les positions de Pershing sont connues du tout-Wall Street, et des fonds et traders opportunistes vendent massivement ces actions quand ils sentent le vent tourner, accentuant les pertes de Bill Ackman.

Réagissant aux mauvaises perspectives de résultat de Valeant et à la chute de 51 % de son titre en une journée (mardi), soit 1 milliard de dollars de moins-value, Bill Ackman, actionnaire du groupe pharmaceutique, se veut pourtant rassurant dans une lettre à ses investisseurs. « Nous allons jouer un rôle plus proactif dans cette société pour protéger et maximiser la valeur de notre investissement. Nous continuons de croire que la valeur de l’entreprise n’est pas reflétée dans son cours », écrit-il à ses clients.

Un malheur n’arrivant jamais seul, le « hedge fund » a aussi mis en place des stratégies de couverture à l’été dernier pour se prémunir contre la chute du pétrole et l’atterrissage en catastrophe de l’économie chinoise. Il a acheté des options de vente sur le renminbi (risque Chine) et sur le riyal saoudien (risque pétrole). Ces opérations lui ont coûté de l’argent cette année. Si trop de ses clients venaient à sortir de son fonds, Pershing, qui détient ses titres dans une optique de moyen à long terme, pourrait être contraint de vendre un certain nombre d’actions pour récupérer des liquidités.

En 1993, Bill Ackman avait fondé Gotham Partners avec David Berkowitz un ancien camarade de Harvard, mais ce fonds fermera en 2001 après des contre-performances… dans des terrains de golf, rachetés en 1997, mais jamais rentables et criblés de dettes. Ce sera le coup de grâce pour ce petit fonds, autour de 300 millions de dollars. En 2003, Bill Ackman se lancera de nouveau dans l’aventure en fondant Pershing, mais cette fois il sera le seul à la barre.

(1) Valeant, Mondelez, Zoetis, Canadian Pacific Railways, Platform Specialty Products, Howard Hugues, Air Products, Restaurant Brands International, Nomad Foods, Fannie Mae, Freddie Mac.


Source : Les Echos

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