En marche vers une nouvelle mutation : le “corporate private equity”

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Le contexte macro-économique et financier sème une nouvelle ère pour le private equity, générant une profonde mutation de son modèle. Les pressions conjuguées des bailleurs de fonds et des entreprises impliquent que les « fonds » deviennent des « entreprises » à part entière et structurées comme telles.

Jugé responsable de la crise de 2008, le secteur financier a cristallisé les attaques des politiques, les peurs et inquiétudes des ménages ainsi que les critiques des médias. Cette crise a généré une augmentation de la réglementation à laquelle les acteurs financiers sont assujettis et a accru plus globalement les exigences de transparence en matière d’information financière.

En parallèle, les investisseurs institutionnels ont connu un mouvement de consolidation et ont en grande partie aujourd’hui acquis une dimension internationale. Les bailleurs de fonds des sociétés d’investissement bénéficient donc d’une liberté absolue en terme d’allocation d’actifs.

En ce sens, et dans cet univers d’investissement élargi, le private equity représente à leurs yeux une classe d’actifs parmi d’autres au même titre que l’immobilier ou les titres d’entreprises cotées. Les LPs exigent donc d’elle qu’elle propose les mêmes standards de gestion.

Dans la mesure où les bailleurs de fonds doivent aussi rendre des comptes à leurs souscripteurs, ils souhaitent, de la part des GPs, une démonstration de leur performance qui ne soit pas uniquement financière.

On constate donc une exigence accrue des LPs en matière de transparence sur les informations financières des fonds et sur les informations concernant leur gouvernance, sans pour autant accepter par ailleurs la moindre concession sur la performance financière attendue. Charge aujourd’hui donc aux sociétés d’investissement d’expliciter les conséquences de leur activité sur l’économie réelle.

Une nouvelle alliance du talent managérial et du talent actionnarial

Au même moment, la relation entre les GPs et les entreprises a elle-aussi évolué. L’intervention des sociétés d’investissement ne peut plus se résumer à une recherche de bonne discipline financière, à la maîtrise de la réduction des coûts et à l’optimisation du bon niveau de levier d’endettement.

Acteur essentiel dans la chaîne du financement de l’entreprise, le Private Equity ne se limite plus à ce seul rôle financier : dans un contexte de croissance faible, en particulier en Europe, il doit participer plus largement à la transformation des entreprises et à la recherche de nouveaux leviers de création de valeur en se positionnant sur des secteurs en croissance (technologies, numérique, santé etc…) ou en optant pour une stratégie de croissance externe, en particulier à l’international.

Cette recherche permanente de croissance de long terme implique que le Private Equity s’associe désormais avec les dirigeants pour accompagner l’entreprise à chaque étape de sa transformation et en prenant en compte chacune de ses composantes afin de lui permettre de se développer de manière efficace et pérenne.

Cette nouvelle alliance du talent managérial et actionnarial qui constitue le socle de la nouvelle relation entre les entreprises et les sociétés d’investissement qui les accompagnent se construit sur la prise en compte, par l’actionnaire, de l’ensemble des parties prenantes de l’entreprise.

C’est parce que le private equity doit soutenir l’entreprise dans toutes ses composantes qu’elle doit aussi considérer l’ensemble de son écosystème constitué par les pouvoirs publics, ses fournisseurs et ses clients…

En effet, la pérennité et l’acceptabilité sociale des entreprises ne dépend plus seulement aujourd’hui de leur seule contribution à la richesse collective produite (via leur chiffre d’affaires), mais également de leur politique en matière d’emploi, de conditions de travail, de leur contribution au développement local ou encore de leurs impacts sur l’environnement… et les actionnaires sont de fait aussi associés à ces enjeux.

Vers le corporate private equity

La mutation d’un rôle d’intermittent actionnaire à celui d’actionnaire durable nécessite une transformation en profondeur du private equity. Dans une même tendance de fond que celle connue par les entreprises, le capital investissement se structure pour intégrer la prise en compte d’un ecosystème élargi et gagner en discipline et transparence.

C’est en ce sens que le private equity qui fait le choix d’entamer ce mouvement pourrait être qualifié de « corporate private equity » : il fait évoluer son modèle en renforçant les fonctions support habituelles d’une entreprise telles que les fonctions juridique, de responsabilité sociale des entreprises, de ressources humaines ou de communication… pour soutenir l’élargissement de ses prérogatives. Il renforce aussi ses équipes en faisant appel à des « operating partners » lui permettant d’augmenter son expertise sectorielle afin de mieux appréhender les enjeux spécifiques des business dans lequel il investit.

Au vu des évolutions des relations avec les bailleurs de fonds et avec les entreprises, le private Equity doit dépasser son rôle de technicien opérationnel et financier pour se positionner en tant que partenaire solide permettant à l’entreprise de franchir ses limites dans un souci de croissance et transparence.

Seule une mue vers le « corporate private equity », qui induit une consolidation du secteur ou un a minima un renforcement des équipes, permettra de répondre aux attentes formulées dans le sens d’un accompagnement renforcé de l’actionnaire pour une croissance de long terme des entreprises.

AGEFI

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