Hedge funds : quand le cœur sème le trouble dans les performances

New-York-City
Outre les montants astronomiques en jeu, les séparations perturbent les gérants de hedge funds , qui voient leur performances chuter fortement.

Christopher Hohn, le fondateur du hedge fund activiste The Children Investment Fund (TCI), affronte un nouvelle épreuve, mais pas sur les marchés qu’il connaît bien, mais au sein de son propre couple. Son ancienne épouse lui réclame près de la moitié de sa fortune, estimée au total à près de 1,4 milliard de dollars. Un autre grand gérant de hedge funds, David Tepper, fondateur du fonds Appaloosa, est lui aussi en instance de divorce. Là encore, les montants en jeu sont loin d’être anecdotiques, puisque sa fortune personnelle, investie en grande majorité dans ses fonds, est estimée à 10 milliards de dollars par le magazine Forbes. Steve Cohen, le fondateur de SAC capital, qui a depuis transformé son fonds en family office, a lui aussi connu les affres de la vie de couple. Son ancienne épouse s’est rappelée à son bon souvenir au plus mauvais moment, lorsque son hedge fund a été inculpé par les autorités américaines pour délits d’initiés. En vain, elle n’est pas parvenue à obtenir davantage d’argent que lors de son passage devant le tribunal.

Pour les investisseurs, le divorce du gestionnaire de hedge fund est loin d’être un événement anodin car il présente deux risques majeurs. Le premier réside dans la chute des actifs sous gestion qui peut s’en suivre car l’essentiel de la fortune des hedge funds est investi dans leurs fonds. L’épouse de Chris Hohn réclame par exemple la moitié des actifs détenus par son mari dans sa société. Si elle obtient gain de cause, c’est 10% des capitaux de TCI qui pourraient quitter le hedge fund. Ce dernier devrait alors vendre des actifs, ce qui entraînera une baisse des rendements, commissions…De quoi inquiéter ses clients. Le second risque est connu sous le nom de « règle de Paul Tudor Jones ».

La « règle » de Paul Tudor Jones

« Quand un gérant divorce, je lui retire immédiatement mon argent, c’est une de mes règles d’or. On peut s’attendre à ce que sa performance baisse de 10% à 20% à cause des troubles émotionnels qui s’en suivent », estime Paul Tudor Jones, un gestionnaire de hedge fund emblématique…marié à la même femme depuis 25 ans, une ancienne mannequin australienne… Un constat corroboré par des travaux (1) qui montrent que la performance ajustée du risque d’un gérant de hedge fund divorcé s’effondre de 7,8 % par an. La chute est particulièrement prononcée dans les six mois qui suivent la séparation et pendant une période de deux ans, le fonds alternatif est à la traîne. « L’effet divorce » est plus fort pour les jeunes gestionnaires, sans doute plus émotifs : la chute de leur rendement atteint 15,7% alors qu’elle ne baisse que de 4,1 % pour les gérants âgés.

De même ce sont les professionnels positionnés sur les stratégies alternatives de long terme (actifs décotés et peu « liquides », activisme…) qui sont les plus affectés par une séparation (-8 % par an), ce qui augure mal de la performance future de TCI. La personnalité de ces gérants explique peut-être ce phénomène, selon cette étude. Ces gestionnaires adeptes d’une approche de long terme sont aussi ceux qui croient le plus dans les liens sacrés du mariage et sont ainsi plus affectés par cet échec. A l’inverse, les gestionnaires de hedge funds qui opèrent des stratégies de court terme (marché à terme, global macro…) semblent bien mieux accuser le choc : leur rendement augmente même légèrement après un divorce un peu comme si le « court-termisme » de leur métier les préparait mieux au « court-termisme » dans leur vie de couple…

Le sélectionneur de hedge funds, au fait de la vie personnelle des gérants chez qui il investit grâce à ses contacts et bonnes relations de long terme, bénéfice donc d’un net avantage par rapport aux autres investisseurs, qui apprendront plus tard et par la presse les déconvenues personnelles des gestionnaires.

Le cas des investisseurs particuliers

Les études portant sur les investisseurs particuliers montrent que les femmes, gérantes de hedge fund, se remettent plus rapidement d’un divorce. Deux ans après, la performance de leur portefeuille boursier est revenue au niveau qui prévalait avant la séparation alors que celle des hommes continue d’être mauvaise. A la suite d’un divorce, les femmes investissent plus prudemment, en diminuant leur prise de risque. Les hommes font l’inverse, et spéculent davantage. Ils le payent cher, car le stress qui suit les séparations perturbe fortement leur trading. Une invitation à s’éloigner temporairement de la bourse.

Les Echos

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